Comprendre la barrière hydrolipidique : structure et fonctions
- Maë ALESSANDRI
- 11 déc. 2025
- 4 min de lecture
La barrière hydrolipidique est au cœur de l’intégrité cutanée. C’est un système complexe, dynamique, dont la stabilité conditionne la santé, la protection et l’apparence de la peau. Pour les professionnels, comprendre sa structure moléculaire, sa physiologie et ses altérations permet d’adapter des protocoles réellement efficaces. Bien plus qu’un simple film protecteur à la surface de la peau, c’est une structure multi-dimensionnelle, biochimique et biophysique, qui joue un rôle déterminant dans le fonctionnement global de l’épiderme.
Elle est complexe car elle dépend de l’organisation fine de lipides, protéines et cellules, car elle évolue en permanence sous l’influence de facteurs internes et externes.
Comprendre cette structure est indispensable pour tout professionnel, car l’état de la barrière influence :
l’hydratation cutanée
la sensibilité
l’inflammation
le vieillissement
la réponse aux soins
la résistance aux agressions
la capacité de réparation des tissus
➤ **Autrement dit : une barrière en bon état = une peau fonctionnelle et équilibrée.
Une barrière altérée = une peau vulnérable, réactive ou pathologique.**
Qu’est-ce que la barrière hydrolipidique ?
La barrière hydrolipidique n’est pas une simple couche “grasse” en surface :c’est un film protecteur formé d’un mélange de lipides sécrétés par les glandes sébacées, d’agents hydrophiles issus de la transpiration, et de lipides épidermiques complexes produits dans la couche cornée.
Elle fait partie du stratum corneum, souvent comparé à un mur de briques :
briques = cornéocytes
mortier = lipides intercellulaires. C’est ce “mortier” lipidique qui assure la cohésion et l’imperméabilité de la barrière.
Composition moléculaire : la trilogie céramides / acides gras / cholestérol
Les lipides intercellulaires sont organisés en lamelles et reposent sur une structure très spécifique :
● Céramides (~50%)
Famille de sphingolipides essentiels à la cohésion entre cornéocytes
Plus de 12 types identifiés (CER EOS, NP, NS, AP, EOP…)
Leur diminution est fortement liée aux peaux sèches, eczémateuses ou matures
● Acides gras libres (~15%)
Majoritairement acides gras saturés à longue chaîne
Contribuent à la fluidité et à la perméabilité des lipides lamellaires
Influencent le pH cutané
● Cholestérol (~25%)
Permet la stabilité des bicouches lipidiques
Son rapport avec les céramides est déterminant pour la capacité de réparation
➤ L’équilibre entre ces trois familles détermine :
la résistance à la déshydratation
la souplesse cutanée
la capacité d’auto-réparation
la protection face aux irritants externes
Mécanismes de perméabilité cutanée
La perméabilité repose principalement sur :
✔ La structure lamellaire lipidique
Des lamelles organisées → peau imperméable. Lamelles perturbées (désorganisées) → peau perméable, TEWL élevée, irritations.
✔ Les jonctions serrées
Situées dans le stratum granulosum, elles empêchent la diffusion d’eau entre les cellules.
✔ Le pH cutané
Un pH idéal entre 4,5 et 5,5 maintient :
l’activité enzymatique nécessaire à la maturation des lipides
l’équilibre du microbiote
la protection contre certains pathogènes
Quand la perméabilité augmente, la peau devient :sèche, rugueuse, réactive, inflammatoire ou plus sujette aux imperfections.
Analyse TEWL (Transepidermal Water Loss)
La TEWL mesure la quantité d’eau qui s’évapore à travers l’épiderme.
➤ Plus la barrière est altérée, plus la TEWL augmente.
C’est un des indicateurs les plus fiables de l’intégrité de la peau.
Utilité pour les professionnels :
évaluer l’état de la barrière
suivre l’évolution d’un protocole
choisir les actifs les plus adaptés
Valeurs de référence :
Peau normale : 8 à 15 g/m²/h
Peau sèche ou altérée : > 20 g/m²/h
Altération de la barrière : causes les plus courantes
Nettoyants trop alcalins
Exfoliations excessives (acides + mécanique)
Facteurs environnementaux (UV, pollution, vent, froid)
Vieillissement (perte de céramides)
Stress oxydatif
Traitements dermatologiques irritants
Mauvais équilibre lipidique
Protocoles professionnels de restauration avancée
Objectif : Rétablir la structure lipidique + réduire la TEWL + restaurer la fonction protectrice.
1) Protocoles selon le type d’altération
a) Altération légère : peau déshydratée ou réactive
Nettoyants doux pH 5-5,5
Actifs restaurateurs : céramides NP, cholestérol, acides gras
Sérums humectants (acide hyaluronique, NMF)
Soins occlusifs légers (squalane, huiles végétales non comédogènes)
Fréquence : chaque séance + routine quotidienne
b) Altération modérée : peau irritée, rougeurs, sensibilisation
LED lumière rouge 630–660 nm → diminution de l’inflammation
Application de complexes céramides-cholestérol-acides gras 3:1:1
Masques lipidiques occlusifs
Suppression temporaire des AHA/BHA
Objectif : réduire inflammation + renforcer lipides
c) Altération sévère : peau atopique, eczéma, barrière effondrée
(en institut → soutien, pas traitement médical)
Soins occlusifs
Probiotiques topiques pour restaurer le microbiote
Pas de peelings
Programme progressif sur 4–8 semaines
2) Intégration des peelings dans la restauration
Les peelings peuvent aider OU aggraver selon leur utilisation.
Peelings doux recommandés :
Lactic acid (hydratant)
PHA (gluconolactone, lactobionic acid) : idéal pour barrières fragiles
Peelings à éviter sur barrière altérée :
Glycolic acid haute concentration
TCA
Combinaisons multi-acides
3) Importance des soins occlusifs
L’occlusion :
réduit la TEWL
améliore la pénétration des actifs
permet une régénération rapide du stratum corneum
Exemples :petrolatum, squalane, huiles riches en acides gras, céramides en couche finale.
Interactions entre pH cutané et microbiote
Un pH acide favorise un microbiote équilibré (Staphylococcus epidermidis, Cutibacterium acnes “saine”).Un pH trop élevé :
diminue les enzymes lipidaires
augmente la prolifération de pathogènes
fragilise la barrière
Recommandation institut : utiliser systématiquement des produits pH 4,5–5,5.
Photodommages et barrière cutanée
Les UV (surtout UVA) :
oxydent les lipides
détruisent les céramides
augmentent la TEWL
altèrent les jonctions serrées
D’où la nécessité :
d'une protection solaire professionnelle
de protocoles antioxydants (vit C, superoxyde dismutase, resvératrol)
Conclusion
La barrière hydrolipidique n’est pas seulement un concept cosmétique : c’est une structure biochimique complexe dont la stabilité conditionne directement la santé cutanée.En institut, une approche scientifique, progressive et personnalisée offre des résultats durables, visibles et mesurables.
Comprendre en profondeur sa composition, son fonctionnement et son altération permet d’élaborer des protocoles avancés, précis et réellement efficaces.

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